5 Questions à Pol Guezennec, artiste numérique

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre d’un artiste qui conjugue l’Art au numérique: Pol Guezennec. Quand les pixels et les vecteurs remplacent la palette du peintre …

Tu nous fais une petite présentation ?

Pol Guezennec, Artiste visuel, 52 ans, Quimper;

Pseudo sur les réseaux sociaux: polguezennec

Enseignement:

– Dessin-Peinture et nouvelles technologies de l’image dans les cours publics de l’Eesab (École européenne supérieure d’art de Bretagne, alias École des Beaux-arts)-site de Quimper.

– Développement multimedia(HTML) à IUP Patrimoine, UBO.

 D’abord essentiellement peintre (1983-2005) je me suis intéressé progressivement au spectateur et à diverses mises en oeuvre autour du partage de l’art, de la création collective, et de situations (à partir de 1995) sans adhérer à l’esthétique relationnelle en tant que « école ».

Autodidacte en matière de nouvelles technologies. En 1995 le web m’a attiré pour la possibilité, nouvelle, de publication autonome; puis en tant que nouveau support (ce qu’on appelle « hypertexte » ou « hypermedia »).

Ces dernières années sont consacrées surtout à créer des programmes simples (à partir de 2005), puisque nous pouvons désormais non seulement dessiner et peindre des formes, mais aussi les faire évoluer, dans l’espace et dans le temps. J’utilise quotidiennement HTML, Gimp, Inkscape, Processing.

Cette élaboration se fait dans une relation critique, réfléchie, avec le monde. En art l’observation n’est jamais exclue, ni le temps. Me servant davantage aujourd’hui d’un ordinateur que d’une palette, je conserve des constantes qui viennent directement de la peinture, combinées à de nouvelles possibilités.

Pixels et vecteurs ont une matérialité, manipulable, si on la comprend, autant que pigments, liants et supports. Ils ne cessent d’entretenir des relations avec l’histoire des arts visuels. Les arts numériques en sont aussi le produit. Il y a une extension (enthousiasmante) des possibilités, et je ne vois pas de coupure radicale.

La harcélement visuel de notre époque, la possibilité pour chacun de produire des images à profusion, me semblent des différences bien plus radicales par rapport aux époques passées. Cela me questionne sur les usages, la manière d’appréhender, de regarder, de comprendre, de donner à voir, et je tente de proposer des réponses ou des solutions.

Exemples:

Une oeuvre personnelle, Lascaux3.0, un programme de mixage, qui projette les images en tant que telles, mais aussi en tant que matériau (dans la lignée des collages depuis un siècle) explorant toutes les combinaisons, plus nombreuses que celles que mon imagination pourrait produire.

Un travail collectif, « Vues d’ici », commande en 2009 de la MPT de Penhars et de la ville de quimper, orchestration de près de 600 documents textuels et photographiques, issus des archives et des activités associatives. Recherche d’un mode de présentation non linéaire, pour l’espace public, sans durée (infini). Solution pensée pour consulter librement ces documents, durant une minute ou une journée, en pointillé ou en continu, dans l’espace public, en libre accès.

Bac littéraire en 78,

DNSEP* en 1983 à Quimper.

*(Diplome National Supérieur d’Expression Plastique)

 Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton travail? 

Le travail d’un artiste consiste à élaborer une représentation du monde au croisement d’une conscience collective (la culture…) et d’une conscience personnelle.

C’est un peu vague mais il ne faut pas être  trop réducteur dans ce domaine. Création n’est pas fabrication. C’est ouvert.

Chacun cherche une sorte de tressage de responsablilité et de liberté, de conscience et de subjectivité, de connaissance et d’expérimentation, qui parvienne à aborder le monde ou le réel sous un angle inexploré.

Pour moi les moyens techniques ont été la peinture, puis sont devenus progressivement l’informatique et le web.

Il faut créer et manipuler les images aussi bien qu’avec crayons ou pinceaux.

Contrairement aux idées reçues, les pixels sont aussi un matériau.

Etant passé d’un moyen à l’autre, je vois bien ce qu’il y a de commun.

Pourquoi le Finistère? 

Parce que je n’en suis simplement pas parti.  J’ai longtemps espéré que l’activité artistique m’emmènerait ailleurs.

Heureusement j’aime le Finistère, dont je suis originaire.

C’est le meilleur endroit pour se chanter « la chevauchée des walkyries » par force 6, au mois de janvier, sous un ciel de mercure, une voile dans les mains et une petite planche aux pieds…

C’est un excellent endroit pour emmener des enfants à la plage après l’école.

C’est un bon endroit pour travailler parce qu’il est rare que la météo nous impose la sieste 😉

C’est loin d’être l’endroit idéal pour être artiste dans son époque, rencontrer un public, trouver des relais, il y aurait encore beaucoup à faire.

Pour « réussir » ici, il faut passer par le folklore, toile de fond de l’industrie touristique.

Heureusement, il y a le web.

De nouvelles envies? Des futurs projets? 

Refaire des choses comme « Vues d’ici » dans le domaine public, car on ne crée pas pour soi seul:

les documents publics ou d’archives impliquent une responsabilité. Ils mettent à l’épreuve d’une autre manière les méthodes initiées dans le travail de création.

Pouvoir tester mes méthodes sur des quantités encore plus vastes d’images, à la mesure de la production/conservation de notre époque.

Travailler en équipe, rompre la solitude de l’atelier… avant d’y retourner, parce que c’est nécessaire aussi.

Un coup de cœur? Une URL à partager ou un mot à glisser?

L’art: Il y a des artistes intéressants partout et beaucoup intègrent les technologies de notre époque.

Exemples: à voir pas loin, le travail de Yann Le Guennec (Lorient) qui fait de l’art avec du PHP, à la fois abstrait et drôle, très pertinent…

À écouter, la musique granulaire de Didier Tallec (Quimper), profondément actuelle…

Techno-ambigüité: la cupidité assistée par ordinateur déchire le monde mais la médecine répare des gens qui seraient morts il y a un un quart de siècle. On peut publier en tout indépendance et sans budget. Ceci n’était même pas imaginable au début de ma vie d’adulte. (Et on voit que cette liberté n’est jamais définitive…) Je suis heureux de m’être intéressé à cette évolution.

Le programme du « libre » c’est « connaissances et outils gratuits pour tout le monde »! Ca n’enlève pas le travail, mais c’est une belle révolution !

Merci à Pol d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Quand à nous, rendez-vous la semaine prochaine pour un nouveau portrait!

Bonne semaine à tous!


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